Véhicules électriques à Abidjan : La révolution à 230 FCFA le kWh, l’essence à 905 FCFA
es bornes de recharge pour le tout-électrique s’installent urbi et orbi à travers des espaces fréquents comme les supermarchés, stations, les restaurants, les grandes surfaces. Outre Abidjan, ces espaces se retrouvent à Yamoussoukro, Bassam, Assinie, Moussou, Korhogo. Peu à peu, comment des applications greffées à des bornes de charging remplacent la pompe à essence ?
Le prix du kilowattheure à la borne Néo Charging de Petro-Ivoire est fixé à 230 FCFA. Le plein d'une batterie oscille entre 12 000 et 14 000 FCFA selon le modèle. Quelle comparaison avec les prix des carburants en Côte d'Ivoire ? Pour la période du 1er au 30 novembre 2026, l'État maintient le prix maximum de détail sur tout le territoire national : le gasoil à 725 FCFA/L, le super sans plomb à 905 FCFA/L et le pétrole lampant à 780 FCFA/L.
À l'évidence, l'addition est salée pour les propriétaires de véhicules thermiques. Nombre d'entre eux déboursent plus de 40 000 FCFA pour un simple plein, tandis que les cars dépassent allègrement les 100 000 FCFA. Le passage du moteur thermique au moteur électrique change radicalement la donne. Un utilisateur de véhicule tout-électrique l'affirme : l'écart d'économie réalisé est tout simplement considérable. À terme, le budget transport des ménages est totalement bouleversé.
Les utilisateurs gèrent leur recharge via une application, rechargeable par Wave ou Orange Money. Ils peuvent programmer l'arrêt automatique de la charge à un montant précis. Une voiture classique récupère 93 % de sa charge en 30 minutes, tandis qu'un bus électrique (comme ceux de TSR) nécessite entre 3 et 4 heures. Plusieurs applications coexistent (Néo, Illigo, Armio, Aqueduct). Les bornes sont principalement installées dans des parkings de supermarchés et restaurants d'Abidjan, avec très peu de points à l'intérieur du pays.
Les bornes sont équipées de connecteurs différents : le CCS2 pour les véhicules européens et américains (Tesla), et le GBT pour les véhicules chinois. Le paysage automobile ivoirien change à vue d'œil. La transition vers la mobilité électrique n'est plus une chimère, mais une réalité palpable sur le bitume de la capitale économique. À la borne Néo Charging de Petro-Ivoire, le ballet des véhicules silencieux témoigne d'une mutation profonde des usages. Derrière les promesses écologiques, une mécanique bien huilée, portée par des applications mobiles et une nouvelle génération d'automobilistes.
Le nerf de la guerre : 230 FCFA le kWh contre 905 FCFA le litre d’essence
Le coût d'utilisation est le premier argument des convertis. « Le kilowattheure est à 230 francs », précise Kouadio Euphrasie, mécanicienne sur le site de Petro-Ivoire. Un tarif qui, selon la capacité de la batterie, se traduit par des montants variables. « D'autres chargent le plein à 12 000, d'autres aussi vont jusqu'à 14 000 », ajoute-t-elle. Un budget maîtrisé qui tranche avec la flambée des prix des hydrocarbures.
Face à l'afflux de véhicules, l'humain cède parfois la place à la technologie. « Il arrive des fois qu'un véhicule vienne avec 2 %, 3 %, 5 % restant seulement », confie la mécanicienne. Pour gérer ces situations d'urgence, les opérateurs ont misé sur l'autonomie des conducteurs. « On leur dit de télécharger l'application sur leur téléphone », explique-t-elle. Une fois le compte Néo alimenté via Wave ou Orange Money, le conducteur gère lui-même sa session. « Une fois que ça arrive à 5 000, immédiatement, ça s'arrête. »
L'expérience au quotidien
Sur le parking, un chauffeur de VTC nous livre son ressenti. Branché depuis trente minutes, son véhicule affiche déjà 93 % de charge pour un coût de 1 387 francs. « C'est trop facile », lâche-t-il, évoquant un entretien simplifié par rapport à un moteur thermique. Interrogé sur ses habitudes, il nuance toutefois : s'il recharge parfois à la maison pour 82 francs, la borne publique reste indispensable pour son activité, malgré un temps de charge plus long.
La patience est d'ailleurs le maître-mot. Si les petites citadines recouvrent leur autonomie en une demi-heure, les véhicules plus imposants exigent une tout autre rigueur. « Pour recharger un car, ça peut prendre au moins 3 ou 4 heures », souligne Kouadio Euphrasie. Les bus de la compagnie TSR, qui viennent s'approvisionner en énergie, monopolisent ainsi une borne entière en raison de leur capacité de batterie.
Un maillage territorial encore à la traîne
L'évidence s'impose : l'écosystème des bornes se structure, mais de manière disparate. Au-delà de l'application Néo, la capitale foisonne de réseaux concurrents. « Il y a l'application Illigo, Néo, Armio, Aqueduct », énumère le chauffeur. Les points de recharge essaiment dans des lieux stratégiques : parkings de supermarchés (Playce, Marché de Cocody), restaurants (KFC), ou encore stations-service.
Toutefois, l'aventure s'arrête souvent aux portes d'Abidjan. Si le chauffeur évoque l'existence de quelques bornes à Bassam (2), Assinie, Yamoussoukro, Bouaké ou Korhogo, l'autonomie sur les longues distances reste un défi. « C'est rare qu'il y ait des bornes. Tout le monde est concentré [ici] », regrette-t-il. Une réalité qui contraint les utilisateurs à une planification stricte de leurs déplacements.
La guerre des standards : CCS2 contre GBT
Dernier écueil, et non des moindres : la compatibilité des prises. La station Néo n'échappe pas à la règle de la division technologique mondiale. « Ce côté-là, c'est pour les voitures européennes, les Tesla », explique Kouadio Euphrasie en désignant une borne. « L'autre côté, c'est pour les voitures chinoises. »
Une distinction technique qui se lit sur les fiches : le standard CCS2 pour l'Occident, et le GBT pour l'Empire du Milieu. Un détail qui a son importance lorsque l'on sait que le marché ivoirien voit débarquer des modèles des deux provenances. La voiture électrique à Abidjan n'est plus une curiosité, mais un mode de transport qui s'installe. Si les infrastructures suivent tant bien que mal la cadence, l'adhésion des usagers, séduits par les économies à la pompe, semble, elle, bel et bien acquise.
Source : Linfodrome
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